Et si lon parlait tourisme durable avec Terre Constellée ?

Afin de mieux cerner la façon dont sont conçus les voyages de Terre Constellée, l’équipe de voyageons-autrement.com a réalisé cet entretien avec ses deux fondateurs, Philippe Peeters et Jean-Baptiste Grillet, qui reviennent sur les valeurs qui animent l’équipe et leur sensibilité au tourisme durable.

 

 

Voyageons Autrement : Est-ce un terme que vous aviez à l’esprit lorsque vous avez décidé de faire découvrir autrement les meilleurs ciels nocturnes au monde ?

Au départ, lorsque nous avons imaginé notre entreprise, nous n’avons pas pensé au tourisme durable, on ne s’est pas projeté. Nous étions dans notre dynamique de passionnés d’astronomie, dans un esprit de reconversion professionnelle, puis peu à peu, en avançant dans le projet, on a réalisé que nous avions des valeurs approchantes et que le tourisme durable s’insérait naturellement dans la façon dont on proposait les choses. La thématique même de nos voyages prône la sensibilisation de nos clients à la maîtrise des énergies et notamment à lutter contre le gaspillage que constitue l’éclairage nocturne non maîtrisé. Il nous prive du ciel étoilé source de tant d’inspiration et d’interrogation pour nos ancêtres qui nous ont conduites à chercher notre place dans l’univers, mais aussi à tant de développements technologiques qui ont amélioré sensiblement la condition humaine quand ils ont été bien utilisés. Finalement, le tourisme durable était en nous sans qu’on le nomme forcément.

VA : Le tourisme durable, pour vous, c’est… ?

Pour nous, le tourisme durable revient à mettre en place une collaboration équitable avec le partenaire de façon à permettre le développement de leur activité en même temps que le développement de la notre. Evidemment, notre activé devra se faire dans le respect des habitants, de leur environnent naturel, leur culture et avec une forte notion de rencontre de l’autre.

VA : Lorsque vous mettez en place un nouveau voyage, quels sont les ingrédients « durables » que vous ajoutez pour tenter au mieux de préserver l’authenticité et la qualité des sites ?

Nous cherchons avant tout à être dans le respect des habitants, de leur culture et de leurs ressources naturelles. Nous proposons de vivre à la mode de chez eux et non de chez nous. C’est à eux de nous dire : «dans notre région on vit de cette façon là » et à nous de nous adapter, de nous imprégner des régions que l’on visite. Par exemple, nous avons un projet de voyage à Madagascar où le réceptif local nous a proposé de réfléchir ensemble à la création d’un observatoire. Ce projet bénéficierait à nos voyageurs, mais aussi aux écoliers sur place, permettant de les sensibiliser aux risques de perdre leur ciel si pour “bien faire” un projet immobilier mal maitrisé venait à installer plus de lampadaires que d’habitants ! D’autant qu’à Madagascar, l’électricité est rare et n’arrive pas partout, ruinant le pays en importations pétrolières qui seraient bien mieux utilisées autrement. On est donc là sur un projet qui apporte un plus et pour nos activités et pour les locaux et on crée quelque chose de durable dont on ne sera pas les seuls à bénéficier.

 

VA : Dans les destinations éloignées telles le Kenya ou le Chili, comment choisissez-vous vos prestataires et partenaires sur place ?

Nous allons sur internet ou sur des salons à l’image de Top Resa. Nous sommes également sollicités par de nombreux réceptifs locaux qui sont intéressés par notre projet. Par exemple, un T.O de Mongolie astronome amateur a pris contact avec nous. Il dispose d’un beau télescope, en sus performant, et aimerait le mettre en valeur pour en faire bénéficier les touristes et faire travailler les gens localement. Nous sommes en train de monter un voyage en yourte à la rencontre des peuples nomades avec lui, où nous proposerons des promenades à cheval ou à dos de dromadaire avec les nomades de la région. En sus, le soir, nous expliquerons le ciel et on s’intéressera à la façon qu’ont les Mongols de voir l’univers. Les gens qui voyagent aiment découvrir les constellations. Nous avons notre représentation mais il est également intéressant de découvrir l’interprétation d’autres cultures. Il y a même une activité proposée qui consiste à monter une yourte en respectant les règles d’orientation et en comprennant son fonctionnement.

VA : Qu’en est-il des hébergements et autres services ?

La plupart de nos hôtels sont des petites structures tenues par des particuliers avec une gestion humaine. Au Kenya, nous vivons en lodges ou en campement. Notre partenaire fait vivre une quarantaine de familles de guides, chauffeurs, gardiens, personnel de maison. Il participe à des programmes de préservation de la nature. Sa philosophie : les populations ne vivront pas de la destruction de leur environnement si ce dernier lui permet de mieux vivre en le préservant ! Au Chili, nous logeons dans des lodges ou de petits hôtels typiques tenus par des particuliers plutôt que dans de grands complexes hôteliers. D’une façon générale, nous mangeons local avec les habitants. On est sur des petits groupes de 4 à 12 personnes maximum qui permettent cette proximité.  On ne cherche pas le luxe. Et le plus souvent, le monde des personnes qui s’intéressent au ciel et à  l’astronomie, s’intéresse à l’environnement.

VA : Certains pays que vous visitez ont des ressources rares ou limitées à l’image de l’eau, du bois, de l’énergie, comment faire en sorte de faire plaisir aux voyageurs sans toutefois trop utiliser ces ressources précieuses sur place ?

Au cours de nos voyages, nous mettons un point d’honneur à présenter les conditions de vie des habitants locaux afin de faire prendre conscience à nos voyageurs qu’ils n’ont pas toujours les moyens de fonctionner autrement. Il est bien sûr de notre devoir de les informer que leurs habitudes de confort peuvent être perturbées. Par exemple, notre partenaire au Chili produit son électricité avec des panneaux solaires. Nous devons aussi faire attention à la ressource en eau quand nous prenons des douches et sommes prévenus à l’arrivée… Nous pouvons nous faire plaisir autour d’un repas typique avec un vin local plutôt que dans un grand hôtel et un buffet à l’occidentale !

Dans le voyage à venir en Mongolie, les toilettes seront des toilettes sèches. Pour le faire accepter, nous expliquons à nos voyageurs que l’accès à l’eau, aux ressources, est très compliqué dans ce pays. Nos clients sont donc  prévenus et l’acceptent, c’est aussi leur façon de voyager, ce qui va faire qu’on établit un contact et qu’au retour, on aura fait un voyage extraordinaire. On aura partagé quelque chose.

Nous disons souvent : « Regarder les étoiles, le ciel, les mondes lointains, c’est prendre conscience de la Terre qui est sous nos pied ». Et donc, avant de penser à d’autres mondes lointains, faisons déjà attention à notre planète.

 

VA : L’appareil photo a une place importante dans vos voyages, il y a-t-il certaines situations où vous demandez à vos groupes de le laisser de côté ?

Dans nos voyages, l’appareil photo est avant tout un outil puisqu’on pratique l’astrophotographie en photographiant les paysages nocturnes et les étoiles en déplacement. En journée, bien sûr, les voyageurs peuvent également utiliser leur appareil. La photo devient mauvaise si elle perturbe un animal dans son environnement naturel par son bruit, le flash, créant ainsi une situation dangereuse pour le groupe, l’animal ou l’écosystème. De même, pour ce qui est de la flore, on évite les photos au bout d’un chemin où l’on va devoir marcher sur des plants en train de se développer, ce qui pourrait nuire à l’écosystème.

Quant aux humains, nous sommes conscients que dans la plupart des pays, il y a des usages précis, telle l’Indonésie que nous connaissons et où il faut demander pour prendre une photo, où certains temples les interdissent… jusqu’à certaines confessions religieuses où la prise de photo peut représenter le vol d’une partie de l’âme de la personne. Nous le respectons et savons ranger les appareils. Et si jusqu’à maintenant nous n’y avons pas été directement confrontés, nous savons qu’il est toujours préférable de demander la permission avant de photographier. Soit directement aux personnes, soit à un guide local qui connait les usages. Nous prévoyons aussi de définir à l’avance quand on peut et quand il est décommandé de prendre une photo.

VA : Au-delà de votre accompagnement professionnel, faites-vous appel à des guides locaux pour faire l’interface avec les populations des pays visités ?

C’est indispensable dans de nombreux pays pour lesquels une “introduction” par un local permettra de franchir les barrières culturelles ou de la langue, donc de se sentir à l’aise et de bien comprendre. Nous ne le faisons pas tout le temps (aux USA par exemple) ou pas sur la totalité du voyage (Portugal, Tenerife, Chili). Pour résumer, il existe trois configurations, des voyages que l’on accompagne à deux (Philippe Peeters et Jean-Baptiste Grillet). Des voyages où l’un de nous deux accompagne avec en sus un guide local. Enfin, des voyages délégués à un guide local francophone que nous aurons bien sur testé et validé auparavant.

VA : Avez-vous pensé à demander à vos voyageurs de compenser leur voyage quand il s’agit de l’rien, du train, etc. ?

Nous sommes une jeune entreprise et n’avons pas encore intégré cette pratique. Nous donnons pour l’heure la priorité à notre développement mais cela fait partie des choses qui nous intéressent et il y a un intérêt à le faire.  Pour l’instant, il nous arrive de privilégier le train sur l’avion, moins polluant et qui permet de côtoyer les gens, de profiter des paysages et de l’ambiance locale… Nous sensibilisons aussi nos voyageurs sur les achats d’artisanat local et aux objets en bois rares ou provenant d’éventuels trafics…

 

VA: Avez-vous pensé à demander à vos voyageurs de compenser leur voyage quand il sagit de laérien, du train, etc. ?

Nous sommes une jeune entreprise et n’avons pas encore intégré cette pratique. Nous donnons pour l’heure la priorité à notre développement mais cela fait partie des choses qui nous intéressent et il y a un intérêt à le faire.  Pour l’instant, il nous arrive de privilégier le train sur l’avion, moins polluant et qui permet de côtoyer les gens, de profiter des paysages et de l’ambiance locale… Nous sensibilisons aussi nos voyageurs sur les achats d’artisanat local et aux objets en bois rares ou provenant d’éventuels trafics…

VA: Avez-vous quelques offres pour les publics « petits budgets », les personnes handicapés ou à mobilité réduite ?

Nous travaillons à des offres petit budget car notre public est très varié. Dans notre  esprit, le ciel appartient à tout le monde et il faut le rendre accessible. Pour cela, on essaye de proposer des offres France qui compte des sites très intéressants et de bonnes structures d’accueil. On est ainsi en mesure de proposer des tarifs accessibles pour des petits groupes le temps d’un WE de découverte des étoiles, par exemple autours d’Auxerre, ou dans le Morvan, voire même en région parisienne.

En revanche, notre entreprise étant encore jeune, il nous est compliqué voire impossible d’intégrer le handicap ou la mobilité réduite dans nos voyages. Nous connaissons toutefois un voyagiste qui s’est spécialisé dans ce domaine. Il sait où trouver les bonnes structures d’accueil et on peut donc imaginer des collaborations avec lui dans le futur. Nous avons également été en contact avec une personne atteinte de la maladie d’Asperger. Elle se proposait d’organiser un voyage avec nous en compagnie d’autres patients et de leurs encadrants. Concernant les handicaps sensoriels, nous pouvons tout à fait animer, avec de la préparation, des sessions pour malentendants ou mal voyants. Nous sommes régulièrement sollicités et toujours prêts à proposer des solutions qui peuvent amener le plus grand nombre à découvrir nos activités.

VA: A terme, seriez-vous intéressés pour rejoindre un label, un réseau du tourisme durable ?

Pour nous, c’est évident car nous y avons tous à gagner. Pratiquement toutes les personnes que l’on a rencontré dans le cadre de nos voyages, nos prestataires, ont cette envie de construire ensemble sur la base du développement durable, de l’écologie, d’échanges humains. On a ainsi peu à peu réalisé que le tourisme durable était dans notre ADN.  Mais faisons nos preuves avant ! Nous voulons d’abord être sûr que ce que l’on va proposer entre dans un cahier des charges « Tourisme Durable ». Nous apprenons peu à peu, c’est notre philosophie naturelle, telle qu’on la concevait. Nous pensons que le durable est un atout. Et donc, pour l’heure, il est clair que l’on partage ces valeurs et si dans un an, on a pris notre envol, on fera peut-être la démarche de rejoindre des associations. Nous avons déjà des idées telles la préservation du ciel nocturne. Il est évident que l’on y réfléchit.

 

VA: Une dernière chose à ajouter ?

Oui, rappeler que l’on fait avant tout un voyage à la rencontre de sites culturels ou naturels et en plus, en soirée, nous faisons découvrir quelque chose d’innovant avec le ciel, l’homme est remis en contact avec l’univers. Ou que l’on soit sur terre, toutes les civilisations ont eu ce lien avec le ciel, qui s’est traduit par les  différentes calendriers, les fêtes, etc. On propose ainsi un retour aux sources de l’humanité, quand on sait que malheureusement, 80% de l’humanité n’a plus accès à la voie lactée.

Et donc, forcément, pour observer au mieux le ciel et les étoiles, on s’éloigne des villes et on cherche des lieux sans pollution lumineuse. Nous fréquentons donc des territoires ruraux, voire désertiques, où les infrastructures à l’occidentales sont peu présentes. Ce choix nous impose de vivre à la locale et de respecter les us et coutumes locaux. Il induit également que nous sommes attachés à la préservation de l’environnement nocturne, pour conserver la biodiversité des espèces nocturnes, la migration des oiseaux, et bien sur pour l’humanité. Car même si cela reste des vacances, si l’on veut pouvoir continuer à découvrir le ciel dans de beaux endroits, il faut bien sûr contribuer à les préserver. « On est un petit cailloux perdu dans limmensité de lunivers ».

 

Interview du 12 octobre 2017 par Geneviève Clastres